Je suis un petit-fils et un chercheur des Caraïbes. Né à Bristol (Royaume-Uni), j’ai connu la Dominique, une île montagneuse des Caraïbes orientales d’environ 63 000 habitants, où j’ai mené des recherches ethnographiques durant une dizaine d’années. formation en anthropologie (l’étude des groupes humains) et mes recherches portent sur la façon dont les grandes questions d’intérêt public font écho de l’autre côté de l’Atlantique, à petite échelle. Pour mon doctorat, j’ai retracé les pas de mon grand-père dans sa migration de retour vers la Dominique et entrepris un projet sur la paternité caribéenne. Par ailleurs, j’ai exploré la mémoire entêtante de l’esclavage à Bristol, ville à l’histoire marquée par les voyages d’esclaves et la richesse de ses marchands. Aujourd’hui, je travaille à l’université de Bristol, qui a bénéficié dès sa création de dotations de deux familles parmi les plus riches de la ville, les Wills et les Frys, qui avaient amassé d’immenses fortunes grâce à la culture du tabac et du cacao dans le « Nouveau Monde », respectivement. Coïncidence, il se trouve qu’après avoir émigré en Grande-Bretagne dans les années 1950, mon grand-père dominicain est devenu agent de sécurité à la chocolaterie Frys, tandis que ma grand-mère a brièvement travaillé pour la société Wills Imperial Tobacco. Je suis (en partie) issu de ce trafic de marchandises de l’Atlantique noire et des migrants qui les ont produites. J’ai réorienté mes recherches à la suite de la tempête tropicale Erika (2015), puis de l’ouragan Maria (2017), qui ont traversé cet Atlantique et dévasté des êtres chers, des amis et des associés de la Dominique. Après l’ouragan Maria, le gouvernement de la Dominique a promis de créer « la première nation résiliente au changement climatique », s’attirant ainsi de nombreux soutiens internationaux pour construire des infrastructures, des logements et des installations touristiques, et mettre en place des systèmes de protection contre les inondations et la montée du niveau de la mer à l’épreuve du changement climatique. En 2019, avec un groupe de collègues caribéens, j’ai créé « Surviving Storms | Caribbean Cyclone Cartography (2019–23) » (https://survivingstorms.com), un projet de recherche visant à cartographier la manière dont les gens ont survécu à ces tempêtes et aux tempêtes antérieures (comme David, en 1979, ainsi qu’à d’autres durant toute la période coloniale) et à interroger ce que peuvent signifier, au niveau local, le fait de survivre, de s’adapter et de réparer les dégâts causés par ces ouragans.